Au Sud-Liban, les frappes israéliennes continuent de frapper villages et localités frontalières alors qu’un cessez-le-feu, conclu pour mettre un terme aux hostilités avec le Hezbollah, est censé tenir depuis plusieurs mois. Le cimetière de Haret Saida, dans la périphérie de Saïda, est devenu l’un des miroirs les plus crus de cette guerre qui ne dit pas son nom. Familles endeuillées, cortèges funèbres improvisés et tombes creusées à la hâte témoignent d’une intensité des bombardements que les engagements diplomatiques ne parviennent pas à enrayer.
Une trêve vidée de sa substance au Sud-Liban
Le 31 mai, l’armée israélienne a annoncé avoir pris le contrôle du château de Beaufort, citadelle médiévale perchée sur un éperon rocheux dominant la vallée du Litani. Le site, inscrit au patrimoine protégé par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), revêt une portée stratégique évidente : son emprise visuelle couvre une large portion du Sud-Liban et en a fait, depuis des décennies, un point de fixation militaire. L’annonce contrevient frontalement à l’esprit du cessez-le-feu, qui devait précisément acter le retrait des forces israéliennes des positions conquises pendant l’offensive terrestre.
Sur le terrain, la trêve apparaît surtout comme un cadre théorique. Les frappes aériennes ciblent régulièrement des localités du caza de Tyr, de Bint Jbeil ou de Nabatiyé. Les autorités libanaises documentent une succession de victimes civiles, parmi lesquelles des femmes et des enfants, sans que les protestations adressées au comité de supervision international ne parviennent à infléchir la trajectoire militaire israélienne. Pour Beyrouth, la situation traduit une asymétrie diplomatique persistante, le gouvernement libanais ne disposant que de leviers limités face à un cabinet israélien qui invoque la menace résiduelle du Hezbollah pour justifier la poursuite des opérations.
Haret Saida, chronique d’un deuil collectif
Dans le cimetière de Haret Saida, les inhumations se succèdent à un rythme qui n’avait plus été observé depuis la phase la plus intense des combats. Les familles décrivent un quotidien suspendu, entre veillées funéraires et bruit lointain des explosions. Les corps rapatriés proviennent de villages parfois inaccessibles, où les équipes de la Défense civile peinent à extraire les victimes des décombres. Les sépultures se multiplient dans une terre déjà saturée, contraignant les autorités locales à étendre les parcelles disponibles.
La dimension symbolique de ces obsèques pèse également sur la cohésion communautaire. Le Sud-Liban, terre d’attache de la communauté chiite et bastion historique du Hezbollah, voit ses rituels funéraires se transformer en démonstrations politiques. Drapeaux, portraits des disparus et discours d’hommage rappellent que chaque enterrement nourrit une mémoire collective déjà façonnée par les guerres précédentes, de 1982 à 2006. Cette continuité du deuil entretient une polarisation que les efforts de désescalade régionale, portés notamment par Paris et Washington, ne parviennent pas à atténuer.
Beaufort, marqueur stratégique d’une emprise prolongée
La revendication israélienne sur le château de Beaufort va au-delà du symbole patrimonial. Tenir cette position revient à contrôler les axes logistiques qui relient la vallée du Litani aux hauteurs frontalières, et à exercer une surveillance directe sur les itinéraires utilisés par les combattants du Hezbollah. Pour les analystes militaires, cette emprise traduit la volonté israélienne d’installer une profondeur tampon durable au nord de la Ligne bleue, en marge des dispositions formelles du cessez-le-feu.
La diplomatie libanaise se trouve face à un dilemme structurel. Réclamer publiquement l’application stricte de la trêve expose Beyrouth à une fin de non-recevoir, tandis qu’un silence prolongé alimenterait la contestation interne. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont le mandat a été reconduit avec difficulté, peine à documenter chaque incident dans des zones d’accès restreint. Reste que la prise revendiquée de Beaufort, additionnée aux frappes continues, dessine un horizon où la stabilisation effective du Sud-Liban demeure conditionnée à une recomposition régionale qui tarde à se matérialiser.
Selon RFI Moyen-Orient, les inhumations qui se succèdent au cimetière de Haret Saida illustrent la persistance d’un conflit que l’accord de cessez-le-feu n’a, dans les faits, jamais véritablement suspendu.
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