La capitale congolaise a refermé vendredi 29 mai 2026 les travaux des 61e assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD). Cinq jours durant, ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, bailleurs et représentants du secteur privé ont convergé vers Brazzaville pour débattre de la trajectoire économique du continent. Le mot d’ordre porté par l’institution financière panafricaine est clair : l’Afrique doit cesser d’exporter brut ce qu’elle pourrait transformer chez elle.
Transformation locale des matières premières : le cap fixé par la BAD
Au fil des sessions, la BAD a martelé un diagnostic ancien mais toujours actuel. Le continent demeure largement positionné en amont des chaînes de valeur mondiales, exportant minerais, hydrocarbures et produits agricoles non transformés. La valeur ajoutée, l’emploi qualifié et les recettes fiscales se créent ailleurs, en Asie ou en Europe, là où le raffinage, la transformation et l’assemblage prennent place. L’institution dirigée depuis Abidjan plaide pour un renversement de cette équation.
Cette orientation n’est pas neuve dans le discours du groupe, mais elle a pris à Brazzaville une tonalité plus pressante. Les gouverneurs présents ont entendu un appel répété à mobiliser le financement de projets industriels intégrés, depuis l’extraction jusqu’à la transformation. Sont notamment ciblées les filières du cacao, du coton, du lithium, du cobalt, du manganèse et du bois, dont les ressources brutes quittent encore massivement le continent. Pour la BAD, ces secteurs constituent autant de leviers immédiats pour générer des devises, des emplois et une base industrielle locale.
Brazzaville, vitrine d’un Congo en quête de diversification
Le choix du Congo-Brazzaville comme hôte de cette édition n’est pas anodin. Le pays, fortement dépendant des recettes pétrolières, cherche à diversifier une économie fragilisée par la volatilité des cours du brut et le poids de sa dette extérieure. Accueillir les assemblées annuelles offre à Brazzaville une vitrine diplomatique et un argument pour attirer les capitaux régionaux vers ses projets de transformation forestière, minière et agricole. Les autorités congolaises ont mis en avant le potentiel du bassin du Congo, second poumon vert de la planète, comme actif stratégique mondial.
Dans les couloirs du centre de conférences, plusieurs délégations ont également évoqué la question des financements verts et la juste rémunération des services écosystémiques rendus par les forêts tropicales africaines. Le sujet rejoint la préoccupation industrielle : transformer localement le bois, sécuriser les recettes carbone, capter la valeur sur place plutôt que de la laisser filer vers les marchés internationaux. Cette logique de souveraineté économique traverse l’ensemble du discours porté par la BAD depuis plusieurs exercices.
Financement, climat et souveraineté économique en filigrane
Reste la question, lancinante, des moyens. L’industrialisation suppose des capitaux longs, des infrastructures énergétiques fiables, une main-d’œuvre qualifiée et un cadre réglementaire stable. Or les marges budgétaires de nombreux États africains se sont rétractées sous l’effet du resserrement monétaire mondial, du renchérissement du service de la dette et des chocs successifs subis depuis 2020. La BAD a réaffirmé son intention de renforcer ses instruments de garantie et de cofinancement pour mobiliser le secteur privé, condition jugée indispensable à toute stratégie d’industrialisation crédible.
Plusieurs gouverneurs ont par ailleurs plaidé pour une montée en puissance des banques publiques de développement nationales, capables d’irriguer les chaînes locales que les bailleurs multilatéraux ne touchent pas toujours. La question de l’intégration régionale, via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), a également structuré les échanges. Sans marché continental fluide, les unités de transformation locales peinent à atteindre la taille critique nécessaire à leur rentabilité.
Au moment de plier les travaux, la BAD a laissé à ses États membres un agenda exigeant : transformer davantage, intégrer mieux, financer autrement. La prochaine édition des assemblées annuelles devra permettre de mesurer si les engagements pris à Brazzaville se sont traduits en projets concrets ou s’en sont tenus aux déclarations d’intention. Selon RFI Afrique.
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