En Guinée-Bissau, le président Umaro Sissoco Embalo a publiquement réagi au refus opposé par la hiérarchie militaire de son pays, qui lui aurait signifié l’impossibilité de regagner Bissau après un déplacement à l’étranger. L’épisode, inédit dans la crise institutionnelle qui secoue le petit État lusophone depuis le scrutin présidentiel contesté de novembre, intervient alors que la junte issue du coup de force du 26 novembre 2025 tente de verrouiller la transition politique. La séquence confirme la mise à l’écart effective de l’ancien chef de l’État, officiellement renversé après avoir revendiqué sa réélection.
Une parole présidentielle en exil, une armée verrouillée à Bissau
Umaro Sissoco Embalo a choisi la voie médiatique pour contester la décision de l’état-major. Depuis l’étranger, l’ex-chef de l’État bissau-guinéen a dénoncé l’attitude des officiers qui contrôlent désormais le palais présidentiel et les points stratégiques de la capitale. Dans ses déclarations, il réaffirme sa légitimité constitutionnelle et conteste la validité du processus engagé par le Haut Commandement militaire pour la restauration de l’ordre et de la sécurité, l’organe autoproclamé qui dirige la transition.
Le refus de laisser atterrir l’avion présidentiel, ou de garantir la sécurité du dirigeant déchu sur le sol national, marque une rupture claire. Jusqu’alors, les militaires avaient maintenu une ambiguïté sur le statut d’Embalo, évoquant tour à tour une démission consentie et une mise à l’écart temporaire. La fermeture physique du territoire à l’ancien président acte, dans les faits, un changement de régime que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) peine à qualifier avec netteté.
Une transition sous contrôle de la junte
Depuis le 26 novembre, le pouvoir réel est exercé par le général Horta N’Tam, chef d’état-major général des armées, qui a suspendu les institutions issues du scrutin et promis une période de transition dont le calendrier reste flou. Les proclamations officielles évoquent la nécessité de stabiliser le pays après l’annonce contestée de la victoire d’Embalo au premier tour, avec plus de 65 % des voix selon les résultats partiels diffusés par la Commission nationale des élections. L’opposition, incarnée notamment par le candidat Fernando Dias, avait pour sa part revendiqué la victoire, nourrissant un climat de confrontation.
Les nouvelles autorités militaires ont procédé à plusieurs arrestations dans l’entourage du président sortant, dont celle de l’ancien Premier ministre et de responsables sécuritaires. La diplomatie régionale, portée par la CEDEAO et par Dakar, tente une médiation sans mandat clair. L’organisation sous-régionale a dépêché une mission d’évaluation à Bissau, mais ses marges de manœuvre apparaissent étroites, dans la lignée des précédents sahéliens où les juntes ont progressivement imposé leur calendrier.
Un signal supplémentaire pour l’architecture de sécurité ouest-africaine
Le cas bissau-guinéen s’ajoute à une série de ruptures constitutionnelles qui fragilisent l’édifice sécuritaire régional. Après le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Niger, la Guinée-Bissau devient le cinquième État de la zone CEDEAO à basculer dans un régime d’exception à dominante militaire en moins de cinq ans. Cette dynamique interroge la capacité de l’organisation à faire respecter son protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance, adopté en 2001, et ses mécanismes de sanction.
Pour Umaro Sissoco Embalo, la fenêtre d’un retour négocié paraît se refermer. L’ancien président mise désormais sur une pression internationale coordonnée, en particulier de la part de Lisbonne, de Dakar et de Paris, pour contester la légalité du nouveau pouvoir. Reste que l’expérience récente du Sahel montre les limites de cette stratégie : une fois le fait accompli consolidé par l’armée, les leviers extérieurs s’émoussent rapidement. À Bissau, les prochains jours diront si la junte entend ouvrir un dialogue minimal ou poursuivre la ligne dure actuelle.
Sur le plan intérieur, la société civile bissau-guinéenne et les principaux partis politiques observent une prudence calculée, conscients que la rue reste maîtrisée par l’appareil militaire. Les acteurs économiques, eux, redoutent une paralysie prolongée dans un pays dont l’économie repose largement sur l’exportation de la noix de cajou, principale ressource en devises. Selon Seneweb.
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