La diaspora égyptienne confirme son statut de bouée de sauvetage financière pour l’économie égyptienne. Les transferts rapatriés vers le pays s’élèvent à 33,9 milliards de dollars, en hausse de 27,2 % par rapport à la période de référence précédente. Ce rebond intervient après deux années d’érosion marquée, provoquée par l’écart entre le taux officiel de la livre et les cotations parallèles, qui avait détourné une partie des flux vers les circuits informels, du hawala moyen-oriental aux transporteurs de valises.
Un retour massif vers les canaux bancaires officiels
Le facteur déclencheur est connu des opérateurs de change : la dévaluation de mars 2024, qui a vu la livre égyptienne perdre près de 40 % de sa valeur face au dollar en une seule séance, passant d’environ 30 à plus de 49 livres pour un billet vert. Cette décision, condition préalable à l’accord élargi de 8 milliards de dollars signé avec le Fonds monétaire international (FMI), a supprimé la prime du marché noir et redonné aux travailleurs expatriés une incitation économique à utiliser les banques et les sociétés de transfert agréées.
Avant cet ajustement, les émigrés subissaient une décote implicite pouvant dépasser 60 % lorsqu’ils convertissaient leurs économies au cours officiel. L’écart s’est aujourd’hui comblé, et les banques égyptiennes, à commencer par la National Bank of Egypt et la Banque Misr, ont déployé des produits spécifiques, dont des certificats de dépôt rémunérés en devises à des taux attractifs, pour capter cette épargne. Le résultat est tangible : les flux se réacheminent via les comptes correspondants plutôt que par les réseaux parallèles.
Devant le canal de Suez et le tourisme
À 33,9 milliards de dollars, les transferts de la diaspora égyptienne dépassent nettement les autres postes de recettes extérieures. Les revenus du canal de Suez, historiquement présentés comme le pilier des devises du pays, ont été laminés par les attaques houthies en mer Rouge : ils sont tombés à environ 4 milliards de dollars sur l’exercice 2023-2024, contre près de 10 milliards un an plus tôt, selon les données de l’Autorité du canal. Même en phase de reprise du trafic, le canal ne retrouve pas ses niveaux antérieurs.
Le tourisme, autre source traditionnelle, a certes franchi la barre des 15 milliards de dollars avec un record de 15,7 millions de visiteurs en 2024, mais reste très inférieur à l’apport de la diaspora. Quant aux investissements directs étrangers, ils demeurent dépendants de méga-opérations ponctuelles, à l’image de l’accord de 35 milliards de dollars signé en 2024 avec les Émirats arabes unis pour l’aménagement de Ras El-Hekma, sur la côte méditerranéenne.
Un modèle à comparer avec Rabat et Lagos
Rapportée au produit intérieur brut, cette manne pèse historiquement autour de 6 à 8 % de la richesse nationale égyptienne, un ratio comparable à celui du Maroc, où les Marocains résidant à l’étranger ont expédié 11,8 milliards de dollars en 2023 selon l’Office des changes. Le Nigeria, premier récipiendaire du continent, oscille autour de 20 milliards de dollars annuels d’après la Banque mondiale, mais pour une population quatre fois supérieure. L’intensité du lien financier entre Le Caire et sa diaspora, estimée à près de 10 millions de personnes dont une large majorité travaille dans les monarchies du Golfe, demeure l’une des plus fortes du monde arabe.
L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït concentrent, selon les travaux de la Banque mondiale, plus de 60 % des envois reçus par l’Égypte. La dynamique budgétaire des pays du Conseil de coopération du Golfe, dopée par les cours du pétrole maintenus au-dessus de 75 dollars le baril sur une large partie de 2024-2025, continue d’alimenter les salaires versés aux ingénieurs, médecins, enseignants et ouvriers égyptiens expatriés. Pour la Banque centrale d’Égypte, qui tente de reconstituer ses réserves de change et de stabiliser le marché secondaire de la dette en livres, chaque milliard supplémentaire capté via les canaux officiels éloigne un peu plus le spectre d’une nouvelle crise de balance des paiements.
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