Le gouvernement sénégalais a formellement demandé une refonte du mécanisme multilatéral de traitement de la dette souveraine mis en place par le G20, afin d’en accélérer l’application à son propre dossier. La requête, portée par Dakar auprès des créanciers et institutions financières internationales, s’inscrit dans une séquence délicate pour les finances publiques sénégalaises. Depuis la publication d’un audit révélant une sous-estimation massive de l’endettement sous la précédente administration, les équipes de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko cherchent une porte de sortie compatible avec le maintien de leur agenda souverainiste.
Un mécanisme du G20 jugé trop lent par les capitales africaines
Le dispositif visé a été créé en novembre 2020 par le G20 et le Club de Paris, dans la foulée de l’Initiative de suspension du service de la dette adoptée au plus fort de la crise sanitaire. Il devait permettre aux pays à faible revenu éligibles d’obtenir une restructuration coordonnée entre créanciers bilatéraux traditionnels, créanciers émergents comme la Chine et détenteurs privés d’obligations. Cinq ans plus tard, le bilan reste maigre : seuls le Tchad, l’Éthiopie, la Zambie et le Ghana s’y sont engagés, avec des délais de traitement souvent supérieurs à deux ans.
Le cas zambien résume les frustrations africaines. Lusaka a demandé l’activation du mécanisme en février 2021 ; l’accord définitif avec les créanciers officiels n’a été scellé qu’en juin 2023, et les discussions avec les porteurs d’eurobonds se sont étirées jusqu’en 2024. Pendant ce temps, le pays est resté coupé des marchés internationaux. Le Ghana, entré dans le dispositif en janvier 2023 après avoir suspendu le service de sa dette extérieure, a connu un parcours comparable. Ces précédents nourrissent la méfiance des gouvernements africains à l’idée d’y recourir, et expliquent la ligne défendue par Dakar.
Le Sénégal, un dossier à part dans le paysage de la dette africaine
Le Sénégal présente un profil atypique parmi les candidats potentiels. Classé pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure par la Banque mondiale, il n’est pas automatiquement éligible au dispositif tel qu’il est conçu, celui-ci ayant été calibré pour les économies à faible revenu. Cette question d’éligibilité est l’un des points centraux du plaidoyer sénégalais, qui vise un élargissement des critères et une accélération des procédures.
L’enjeu financier est considérable. Selon les chiffres communiqués par la Cour des comptes sénégalaise en février 2025, l’endettement public réel du pays dépasse 99 % du produit intérieur brut, contre une estimation officielle antérieure proche de 74 %. Cet écart, de l’ordre de plusieurs milliers de milliards de francs CFA, a immédiatement entraîné la suspension du programme en cours avec le Fonds monétaire international, signé en 2023 pour un montant de 1,8 milliard de dollars. Les discussions pour un nouveau cadre d’accord se poursuivent, dans un contexte où les agences de notation ont dégradé la signature sénégalaise à plusieurs reprises en 2024 et 2025.
Une bataille diplomatique aux implications continentales
En portant publiquement cette demande, Dakar entend peser sur l’agenda du G20 et du Fonds monétaire international, qui réfléchissent depuis plusieurs mois à des ajustements du dispositif. La question de la coordination avec les créanciers chinois reste centrale : Pékin détient une part significative de la dette extérieure sénégalaise, principalement via Exim Bank of China, dans des conditions qui restent peu transparentes. La capacité du mécanisme à imposer un partage équitable du fardeau entre créanciers publics occidentaux, créanciers émergents et investisseurs privés conditionne sa crédibilité.
Pour les autres États africains surveillant la situation, du Kenya à la Côte d’Ivoire, l’issue de la démarche sénégalaise sera scrutée de près. Un assouplissement obtenu par Dakar ouvrirait la voie à de nouvelles demandes, notamment de pays à revenu intermédiaire exclus jusqu’ici du dispositif. Un échec, au contraire, confirmerait la tendance observée depuis 2022 : plusieurs capitales africaines préfèrent négocier directement avec leurs créanciers, bilatéralement ou via des opérations de rachat obligataire, plutôt que d’entrer dans un cadre multilatéral jugé rigide et imprévisible. La position que défendra Dakar dans les prochaines semaines, en marge des réunions d’automne des institutions de Bretton Woods, pourrait ainsi redessiner la cartographie de la dette souveraine africaine.
Pour aller plus loin
Le fonds souverain norvégien se retire du capital des banques israéliennes · JPMorgan ouvrira une entité de banque d’investissement au Nigeria · OPay étudie une cotation à New York après une forte croissance

Be the first to comment on "Dette sénégalaise : Dakar plaide pour un G20 plus efficace"