Sénégal : Diomaye Faye face à l’Assemblée, les options du chef de l’État

A vibrant minibus travels the streets of Dakar, passing a historic church under a clear blue sky.Photo : Lom Doudou / Pexels

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye se trouve engagé dans un bras de fer institutionnel avec l’Assemblée nationale, dont la majorité demeure acquise à l’ancienne coalition présidentielle Benno Bokk Yaakaar. Six mois après son installation au palais de la République, le chef de l’État doit composer avec un hémicycle hostile qui menace de bloquer la mise en œuvre de son programme de rupture. La question du calendrier politique et du recours à la dissolution s’impose désormais comme l’arbitrage central de l’exécutif.

Un exécutif piégé par une Assemblée héritée de l’ancien régime

La configuration actuelle du Parlement sénégalais résulte des législatives de juillet 2022, remportées de justesse par la mouvance macky-iste. Depuis la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle du 24 mars 2024, le pays vit une cohabitation inédite, où le Pastef, parti au pouvoir, ne dispose que d’une poignée de députés face à une opposition parlementaire majoritaire. Cette asymétrie entre la légitimité présidentielle fraîchement acquise et la représentation parlementaire héritée du cycle précédent nourrit un climat d’affrontement permanent.

Les points de friction se multiplient. Le rejet, la révision ou le simple ajournement des projets de loi déposés par le gouvernement d’Ousmane Sonko ralentissent l’agenda de réformes promises durant la campagne. Les discussions budgétaires, la refonte de la gouvernance des institutions, la révision de certains contrats stratégiques dans les hydrocarbures et les mines : chaque dossier structurant se heurte à la résistance d’une majorité parlementaire qui conteste la lecture présidentielle du mandat populaire.

La dissolution, arme constitutionnelle encadrée

L’article 87 de la Constitution sénégalaise autorise le président de la République à prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale, mais cette prérogative est encadrée. Elle ne peut intervenir qu’après la deuxième année de la législature en cours, ce qui ouvre théoriquement une fenêtre à partir de septembre 2024. Le chef de l’État doit également consulter le Premier ministre et le président de l’Assemblée, consultation formelle qui n’altère pas sa décision finale mais ritualise le passage en force.

Un retour anticipé devant les urnes présente un pari politique assumé. Le Pastef mise sur la popularité intacte du tandem Faye-Sonko et sur l’aspiration au changement exprimée en mars 2024 pour conquérir une majorité absolue. Les sondages d’opinion publiés dans la presse dakaroise créditent la formation au pouvoir d’un capital de confiance supérieur à celui de ses rivaux, bien que l’exercice du pouvoir érode mécaniquement toute lune de miel.

Reste que l’option n’est pas sans risque. Une campagne législative mobiliserait des ressources politiques considérables, dans un contexte budgétaire tendu marqué par les révélations sur l’état réel des finances publiques héritées. Un éventuel revers, même partiel, affaiblirait durablement la capacité de l’exécutif à imposer son agenda.

Les voies alternatives : négociation, référendum, patience institutionnelle

Au-delà de la dissolution, Bassirou Diomaye Faye dispose de plusieurs leviers. La négociation ponctuelle avec des franges de l’opposition permettrait d’arracher des majorités d’idées sur certains textes, mais cette stratégie suppose des concessions difficiles à assumer face à une base militante qui réclame l’intransigeance. L’arme du référendum, prévue par la Constitution, offre une voie de contournement pour les réformes à forte charge symbolique, à condition d’en maîtriser le calendrier et le coût politique.

La patience institutionnelle, enfin, consisterait à laisser l’Assemblée actuelle aller à son terme en 2027, en documentant publiquement chaque blocage pour en faire un argument de campagne. Ce scénario expose l’exécutif à une paralysie prolongée et à l’usure du capital politique engrangé lors de la présidentielle. Il offre toutefois l’avantage de préserver la stabilité institutionnelle et d’éviter la fatigue démocratique d’un enchaînement de scrutins.

Le choix présidentiel, dont l’annonce est attendue dans les prochaines semaines, dépassera la simple arithmétique parlementaire. Il déterminera la capacité du nouveau pouvoir à transformer son socle électoral en architecture durable, et scellera la lecture que l’histoire retiendra de la cohabitation ouverte en avril 2024 à Dakar. Selon Seneweb, l’arbitrage présidentiel sur l’avenir de l’Assemblée nationale demeure au cœur des consultations politiques en cours.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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