La BCEAO autorise 175 structures à proposer le paiement instantané PI-SPI

Person using a smartphone and credit card for online shopping or payment.Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a franchi un cap décisif dans le déploiement du paiement instantané au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’institut d’émission, dont le siège se trouve à Dakar, vient d’habiliter 175 structures à commercialiser les services bâtis sur son système de paiement instantané interopérable, désigné sous l’acronyme PI-SPI. Cette décision ouvre la voie à une bascule accélérée des transactions domestiques et transfrontalières vers des règlements en temps réel au sein des huit économies de la zone franc ouest-africaine.

Un écosystème élargi autour du PI-SPI de la BCEAO

Le périmètre des structures autorisées couvre l’ensemble des catégories d’acteurs qui composent aujourd’hui l’industrie des paiements dans l’UEMOA. Banques commerciales, établissements de monnaie électronique, systèmes financiers décentralisés, services financiers postaux et prestataires techniques de paiement figurent parmi les bénéficiaires de ce feu vert réglementaire. Avec 175 entités agréées, la BCEAO entend bâtir rapidement un maillage dense capable d’atteindre la clientèle de détail comme les commerçants et les administrations.

Le PI-SPI, lancé officiellement par la Banque centrale, repose sur une infrastructure mutualisée permettant à chaque usager de transférer des fonds d’un compte à un autre en quelques secondes, quel que soit le prestataire de rattachement. L’interopérabilité constitue la pierre angulaire du dispositif. Elle vise à mettre fin au cloisonnement historique entre réseaux bancaires et portefeuilles de mobile money, un cloisonnement qui pénalise encore des millions d’utilisateurs à travers le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Une bataille d’inclusion financière à l’échelle de huit pays

Pour la BCEAO, l’enjeu dépasse la seule modernisation technique. Le paiement instantané s’inscrit dans une stratégie régionale d’inclusion financière documentée depuis plusieurs années. L’Union compte toujours une part significative d’adultes sans compte bancaire, et l’essor spectaculaire du mobile money au cours de la dernière décennie n’a que partiellement comblé ce retard. En offrant un rail commun à l’ensemble des émetteurs, la Banque centrale cherche à transformer les habitudes de paiement du quotidien, des transferts entre particuliers jusqu’aux règlements marchands de faible montant.

L’ouverture au public des services PI-SPI met également les prestataires en situation de concurrence directe sur l’expérience utilisateur, la tarification et la fiabilité. Les grands groupes bancaires régionaux, les filiales d’opérateurs télécoms et les fintechs vont désormais rivaliser sur un socle commun. Reste que la BCEAO conserve la main sur les règles d’accès, les normes de sécurité et les plafonds applicables, un cadre destiné à prévenir les risques de fraude et de blanchiment liés à l’instantanéité des flux.

Souveraineté monétaire et compétition technologique

Le déploiement du PI-SPI s’inscrit dans un mouvement continental où plusieurs banques centrales africaines développent leurs propres systèmes de paiement en temps réel. L’Égypte, le Nigeria, le Ghana ou encore le Maroc ont déjà avancé sur ce terrain, tandis que la Banque africaine d’import-export et le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS) tissent une couche panafricaine d’interconnexion. Pour l’UEMOA, disposer d’un rail souverain et harmonisé constitue un préalable à toute intégration avec ces plateformes régionales et à une réduction de la dépendance vis-à-vis des circuits de correspondant bancaire libellés en devises.

Le choix d’ouvrir le dispositif à 175 structures témoigne aussi d’un pari assumé sur la densité concurrentielle. Plus les acteurs raccordés sont nombreux, plus l’effet de réseau joue en faveur de l’adoption. Les analystes du secteur rappellent toutefois que la réussite de ces infrastructures se joue moins sur le nombre d’agréments délivrés que sur la qualité du routage, la disponibilité des interfaces et le coût final supporté par l’utilisateur. La BCEAO devra arbitrer entre promotion de l’usage et viabilité économique des émetteurs, dont les marges sur les paiements de petits montants restent structurellement faibles.

Les prochains mois diront si la montée en charge opérationnelle suivra le rythme fixé par le régulateur. Les prestataires habilités doivent désormais raccorder leurs systèmes, former leurs réseaux de distribution et déployer leurs offres commerciales auprès d’une clientèle encore largement attachée aux espèces. Selon Abidjan.net, cette vague d’autorisations marque l’entrée du PI-SPI dans sa phase de généralisation auprès du grand public.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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